A l'aide de modèles mathématiques de transmission, nous avons étudié l'effet de filets imprégnés d'insecticide sur la transmission de la malaria.
Il en est ressorti un résultat apparemment paradoxal, à savoir que l'utilisation de filets anti-moustiques peut conduire à une aggravation de la situation.
Ce résultat dépend d'une part de la façon dont la malaria est transmise et, d'autre part, de l'interaction complexe entre l'infection par la malaria et la protection immunitaire chez l'homme.
Prenons tout d'abord un filet anti-moustiques n'ayant pas été traité avec un insecticide.
Des moustiques qui ont essayé pendant une assez longue période de sucer le sang d'un humain protégé, finissent par abandonner et essayent de trouver leur nourriture ailleurs.
Ainsi, les moustiques transmettant la malaria sont déviés vers les humains qui n'utilisent jamais ou pas souvent des filets anti-moustiques, ce qui augmente le taux de transmission et l'incidence d'infection dans ce groupe, alors que tout cela diminue dans le groupe protégé.
Mais ce succès ne signifie pas forcément que les humains qui sont rarement infectés tombent réellement plus rarement malades.
Les humains qui grandissent dans des régions d'endémie développent, par des infections répètées, une protection partielle (pré-immunité) contre la malaria, protection qui se perd cependant en l'espace de peu d'années si ces humains ne sont plus infectés. Si beaucoup d'humains utilisent des filets anti-moustiques, les moustiques se concentrent sur peu de personnes non-utilisatrices de filets, ce qui, dans de nombreuses régions, peut carrément élever la proportion de moustiques infectés.
Les utilisateurs de filets perdent peu à peu leur immunité, mais finissent cependant par être piqués et infectés une nouvelle fois par un moustique.
On ne peut pas prévoir globalement si, malgré tout, plus ou moins de maladies se déclenchent, ni si ce sont les utilisateurs de filets anti-moustiques ou bien les humains sans filet anti-moustiques qui profitent de la situation modifiée.
Cela dépend des paramètres épidémiologiques.
Les filets anti-moustiques ont pour objectif de tuer le plus possible de moustiques venant s'y poser.
De plus, l'odeur d'insecticide a également un effet dissuasif sur les moustiques, ce qui certes augmente la protection individuelle, mais diminue l'effet au niveau de la population. Combinées avec l'interaction, présentée plus haut, entre l'infection et la pré-imunité, les conséquences à long terme d'une vaste utilisation de filets anti-moustiques ne sont pratiquement plus prévisibles sans connaissance exacte des paramètres épidémiologiques.
La série de cours et de travaux pratiques sur ordinateur créée pour des étudiants de mathématiques, médecine et sciences naturelles en 2000 à l'Université de Yaoundé I (Cameroun) s'est poursuivie en 2003 et doit avoir lieu en été 2004 à l'Université de Brazzaville (Congo).
Un groupe d'étudiants et de chercheurs post-doctorat s'est formé dans le but de poursuivre l'exploration de ce sujet.
Service allemand d'échanges d'étudiants (DAAD), Bonn, Allemagne
Ecole Mathématiques et Malaria (Projet AUF), CIMPA, France
Traduit en français par:
Claire Le Roux,
Université de Valenciennes et du Hainaut Cambraisis (UVHC),
Institut des Sciences et Techniques (ISTV), France
Avertissement:
L'Université Eberhard Karl de Tübingen,
le Centre Hospitalier Universitaire de Tübingen,
le Département de Biométrie Médicale (IMB),
ainsi que les auteurs de cette page déclinent toute responsabilité pour le contenu des pages auxquelles cette page renvoie